21 juillet 2026
Toute notre série météo tourne autour d'une même idée : le vol du jour se joue dans la course entre une bulle qui monte et l'air qui l'entoure. Il existe un outil qui montre cette course en une seule image : l'émagramme. Au premier regard, il impressionne — un graphique austère couvert de courbes. Mais pour le pilote de parapente, il suffit de savoir y poser quatre regards, toujours les mêmes. Voici la méthode que nous utilisons chaque matin au briefing.
Un émagramme, c'est le portrait vertical de l'atmosphère : la température de l'air (et son humidité) mesurée ou prévue à chaque altitude, du sol jusqu'à la haute troposphère. L'altitude est en vertical, la température en horizontal. Les données viennent soit de radiosondages réels (ballons lâchés deux fois par jour, comme à Payerne ou Lyon), soit — et c'est ce qu'on utilise en pratique — des sondages prévus par les modèles (AROME, GFS), disponibles gratuitement pour n'importe quel point de la carte sur Meteociel ou Meteo-Parapente.
Deux courbes nous intéressent. La courbe d'état : la température réelle de l'air à chaque altitude — c'est elle qui fixe le « handicap » de la course décrite dans notre article Pourquoi l'air chaud ne monte pas (toujours) : le secret des thermiques. Et la courbe du point de rosée : la température à laquelle l'air deviendrait saturé — elle raconte l'humidité. Plus les deux courbes sont proches, plus l'air est humide.
Regard n°1 — le bas de la courbe d'état : la force des thermiques. Si la courbe est très inclinée dans les premières centaines de mètres (l'air refroidit vite avec l'altitude), le gradient est raide : les bulles gagneront leur course facilement, les thermiques seront francs, voire musclés. Une courbe presque verticale annonce une journée molle.
Regard n°2 — le crochet vers la droite : le plafond. Une inversion — la température qui remonte avec l'altitude — se voit immédiatement comme un crochet de la courbe vers les températures chaudes. C'est le couvercle qui fixera le plafond de vos thermiques, celui de notre article sur le couvercle anticyclonique. Notez son altitude : c'est, à peu près, votre plafond du jour.
Regard n°3 — l'écart entre les deux courbes : la base des nuages. L'écart température / point de rosée près du sol donne une estimation de la base des cumulus : comptez environ 125 m par degré d'écart. 8 °C d'écart à 14h ? Base vers 1 000 m au-dessus du terrain. Un écart énorme annonce des thermiques bleus (sans nuages) ; un écart faible, des bases basses.
Regard n°4 — le haut du sondage : le risque orageux. De l'air anormalement froid en altitude signifie que la bulle gagnera sa course à tous les étages : risque de surdéveloppements, voire d'orages — le scénario de notre article sur la goutte froide. Si en plus les deux courbes restent proches sur toute la hauteur (air humide), la prudence s'impose.
Avec un peu d'habitude, un coup d'œil suffit pour classer la journée. Profil « école » : gradient doux, inversion basse ou moyenne, air plutôt sec — thermiques gentils, plafond modeste, conditions lisibles. Profil « grand vol » : gradient raide dans les basses couches sous une inversion haute — thermiques puissants, beau plafond, la journée des grands parcours. Profil « prudence » : gradient raide sur toute la hauteur, sans inversion pour fermer le jeu, et deux courbes qui restent proches — l'énergie est là, l'humidité aussi, rien ne bride la convection : surveillance orageuse obligatoire.
Notre routine à l'école : chaque matin, le sondage AROME prévu sur le bassin, comparé au vécu de la veille. Les quatre regards prennent moins de trois minutes et répondent aux vraies questions du pilote : ça va monter fort ou doux ? Jusqu'où ? Avec ou sans cumulus, et à quelle base ? Et faut-il surveiller le ciel de l'après-midi ? Ensuite, la journée elle-même corrige la copie — l'heure réelle du déclenchement, la base observée sur la Tournette, la tenue de l'inversion — et c'est cet aller-retour entre la courbe et le ciel qui forme l'œil du pilote.
L'émagramme n'est donc pas un gadget de météorologue : c'est la ligne de départ de la course des gradients que vos thermiques vont courir toute la journée. En stage, nous le décortiquons ensemble au briefing, puis nous allons vérifier ses promesses en l'air — c'est de loin la façon la plus rapide d'apprendre à le lire.
Pour situer ce sujet dans la routine complète du pilote, retrouvez la synthèse dans notre check-list météo du pilote annécien : 10 questions avant de voler.
Article rédigé par l'équipe AnnecyMiniVoiles — moniteurs diplômés d'État, 35 ans d'expérience du vol libre sur le bassin annécien.
C'est le portrait vertical de l'atmosphère : la température et le point de rosée de l'air à chaque altitude, du sol à la haute troposphère, mesurés par radiosondage ou prévus par les modèles météo. L'altitude est en vertical, la température en horizontal. C'est l'outil qui permet d'évaluer la stabilité de l'atmosphère, la force des thermiques, le plafond et la base des nuages.
Sur Meteociel (sondages prévus GFS ou AROME pour n'importe quelle commune) et sur Meteo-Parapente, qui présente les profils verticaux dans une forme pensée pour le vol libre. Les radiosondages réels (Payerne, Lyon) sont également consultables gratuitement et permettent de vérifier ce que les modèles avaient prévu.
Avec l'écart entre la température et le point de rosée près du sol : comptez environ 125 m d'altitude de base par degré d'écart. Par exemple, 8 °C d'écart en début d'après-midi donnent une base de cumulus vers 1 000 m au-dessus du terrain. Un écart très grand annonce des thermiques bleus, sans cumulus pour les marquer.
La courbe d'état décrit l'air ambiant tel qu'il est, à chaque altitude : c'est la photographie du jour. L'adiabatique décrit ce que vivrait une bulle qui monte : un refroidissement de 1 °C par 100 m (0,6 °C une fois la condensation commencée). Comparer les deux, c'est prédire qui gagne la course — c'est toute la lecture de la stabilité.
Stages encadrés par des moniteurs diplômés d'État, en petits groupes de 5 maximum, au-dessus du lac d'Annecy — briefing météo chaque matin.